Correspondances

Lettres de Julien Blanc à Dominique Rolin, 1942

Fonds Dominique Rolin – AML – Bruxelles – Belgique

[ cote ML 6606/5/46 à ML 6606/5/49 ]


1- Lettre de Julien Blanc à Dominique Rolin

[ 1 f. ms. ]

[ début 1942 ? ]

         Cher Monsieur, Chère Madame,

         Je vous ai attendus hier soir.

         Je voudrais que ce mot vous trouvât en excellente santé. Avez-vous été souffrants ?

         Je pars tout à l’heure chez ma belle-mère – où il y aura un peu plus à bouffer qu’ici – et de la tranquillité sylvestre.

         Bon retour. Votre présence reste tangible par vos livres, vos vers et le [ soin ? ] de ma femme.

         Bien à vous

Julien Blanc

2 – Lettre de J B à Dominique Rolin

[ 1 f. ms. ]

8-5-42 ( Soir)

         Madame Dominque Rolin, écoutez, je suis tellement pris pas votre merveilleux livre – je viens de le lire d’un traite – qu’il me faut absolument venir vous le dire. Mais je ne sais comment vous la dire, mon admiration. Mais voilà, j’ai, comme vos pauvres héros, eu cette vie-là, en plus sombre peut-être et je me retrouve dans tous, même dans l’adorable Barbe, tel que j’étais naguère encore, peut-être aujourd’hui même. Ce tableau d’une humanité sordide dont la vilénie est poussée à un point qui me paraît indépassable et qui, parce qu’il est œuvre d’Art, se développe selon un plan profond, prédestiné semble-t-il – prédéterminé, mieux – je le connais à fond. Et je suis obligé de vous remercier d’avoir – par quel tour de force, par quel sortilège ? – uni cette étrange, pesante, dans une douce poésie de l’enfance aux réalismes à peine voilés par la pureté de votre langue du [racisme ?] du père Tord … Vous l’avez empoignée à pleine main, l’hydre aux mille têtes hideuses !

         Mais, justement parce que vous êtes pure, j’ai peur que peu de lecteurs ne le soient assez, purs, nets de cœur et d’instruction, pour recevoir ce que vous donnez. Cependant, dites-vous bien qu’à défaut du grand grand public vous aurez une audience d’êtres forcément sûrs – malgré toutes les apparences contraires – et que je compte parmi ceux-là.

        Et puis, j’ai envie de pleurer, comme un enfant qui a reconnu la pureté que les coups d’un Tord aurait cacher [sic] à ses pauvres yeux rougis. Mes yeux sont d’ailleurs très rouges – et me picotent.

          Voilà, c’est tout. Il fallait que je vous dise ça – très mal. Mais ça part du fin fond de mon cœur.

Julien Blanc

3 – Lettre de J Blanc à Dominique Rolin

[ 1 f. ms. ]

Mercredi 10 juin 1942

          Cher Monsieur, Chère Madame Dominique Rolin,

         Eh bien, si cela vous est possible, voulez-vous venir demain Jeudi, vers 5h. Il y aura du thé.

         Essayez de voir Robert Ganzo, 10 rue de Vaugirard – et amenez-le avec vous, s’il est libre.

         A vous, de tout mon cœur. Ma femme est mieux ce matin. Mais ce maudit temps est déprimant.

Julien Blanc

 

Lettre de Jean Guéhenno à Jean Paulhan [1943]

Montolieu, 27 juillet 1943

 

        [ … ] Je viens de lire le livre de Julien Blanc [Seule la vie...] Il est, comme moi, de ces gens dont la richesse ou la pauvreté, hélas, est d’avoir une biographie un peu singulière. Nous courons grand risque d’attacher trop d’importance à cette singularité. Ce qui nous confine dans l’anecdote. Il faudrait pouvoir dominer cette expérience, si étrange qu’elle soit, la ramener à la loi commune, l’intégrer dans la condition humaine. Notre patron à tous, le cas-limite, c’est Rousseau. Mais lui sut tirer de sa vie le Discours sur l’inégalité et Le Contrat social. Il faut, quoi qu’en dise Gide, échapper à la différence, la dépasser. [… ]

 

Lettre de Julien Blanc à Roger Martin du Gard [1944?]

[ Bnf Richelieu – Fonds RMG 111 f°318 ]

 

Cher Monsieur,

            Grands Dieux non, je ne doute pas de votre sympathie. Je m’inquiétais du sort de mon livre (il y en a dix perdus) et j’avais demandé à Michel [Gallimard] de vous demander des nouvelles.

            Vous n’avez pas compris du tout, je crois : je ne suis pas un artiste. J’ai fait 3 romans très mauvais. On m’a conseillé décrire mes souvenirs et d’être le + vrai possible. Pas de littérature. Tout (y compris le Pénitencier au naturel et en livre) est avéré. Faire une œuvre d’art, on verra dans dix ans, ou plus peut être, quand ces souvenirs seront tous écrits. Il me faut cette catharsis pour être libre.

            Bien sûr, j’ai changé les noms – pas le dates, ni les prénoms – et si le dialogue a une forme que le souvenir ne peut exactement traduire, le fond est vrai.

            Vous auriez le droit de faire des réserves. J. Paulhan me fait refaire 4 ou 5 fois ce que j’écris. Et je m’exécute. J’ai l’échine souple, quand [j’aime ?]. Or vous … vous …Mes pauvres 15 ans dans ce train transatlantique … Vous encore au Bat d’Af’ … Vous enfin à Pontigny. J’ai toujours pensé (jusqu’à l’année dernière) que j’étais Jacques. Celui-là, mon frère de songe, il est impérissable, comme Aliocha, ou Poil de Carotte.

            Alors. Merci de votre mot si chic. Joyeux fais ton fourbi est donné à La N.R.F. Gaston [Gallimard] en est content, les autres aussi. Mais Jean [Paulhan] me l’a fait refaire cinq fois. C’est difficile d’ordonner en phrases simples toute cette révolte qui gronde en moi

            A vous

Julien Blanc

 

Mais la vie, de mon bouquin quel personnage, dites ! …

Et cette affection est désintéressée : je n’ai rien à vous demander.

 

 

Lettre de Julien Blanc à Albert Paraz, 1947

(parue dans A. Paraz, Le Gala des Vaches, L’Age d’homme, 2003, p. 85-86)

 

        Qu’est-ce que vous avez après Camus ? Au nom de la liberté, tu voudrais m’empêcher de voir qui je veux ?

        Mais, bougre de grand con, quand un con plus con que toi vient me dire que tu es un con, un fasciste, je l’engueule et je lui pisse au cul. L’amitié est au-dessus de ces conneries. A bas les frontières, vive l’anarchie. Si Brasillach que j’aimais est mort, Simone Weil que j’aimais est morte, ne l’oublie pas. Quant à mes amitiés, c’est mes oignes à moi. Si t’es pas content, va te faire foutre.

        Tu es un con. Je t’embrasse, sale con, sale emmanché de mes deux !

        Vive la Commune.

Julien

Lettre de Julien Blanc à Armand Lanoux, 29 janvier 1951

(parue dans Simoun, n°2, mars 1952)

 

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4 réponses à “Correspondances

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